Je ne vous parle pas souvent sur le blog de mes origines et de la double culture qui empreigne notre foyer. Aujourd’hui cependant, je voulais aborder le sujet, mais sous l’angle du bilinguisme à la maison, car je ne peux pas m’empêcher de penser que d’autres familles, d’autres mamans ou papas, rencontrent les mêmes difficultés que moi.

La multiculturalité m’a toujours séduite

Pour ma part, j’ai toujours admiré les enfants des mariages mixtes, qui peuvent parler une ou plusieurs langues étrangères sans aucun effort, juste comme ça, parce que c’est la langue de leur mère ou de leur père. J’ai toujours trouvé cette ouverture d’esprit innée magnifique, un véritable trésor pour l’enfant.multiculturalité bilinguisme difficultésVoilà maintenant des années plus tard, je me retrouve dans la même posture, une Bulgare expatriée en France depuis plus de 15 ans, mariée avec un Français et maman heureuse d’un petit garçon, moitié bulgare, moitié français. Quoi de plus naturel que de lui apprendre, ma langue maternelle, nos coutumes très riches, la culture de mon pays. Oui, c’est comme ça que cela devrait se passer…idéalement. Sauf que…je ne sais pas pourquoi, mais je n’y arrive pas!

Ma difficulté? Cette sensation de nous enfermer dans une bulle!

J’ai encore en tête les paroles de ma mère quand elle a appris l’heureuse nouvelle de ma grossesse; « tu lui apprendra le bulgare aussi, hein. J’ai tellement peur un jour de ne pas pouvoir communiquer avec mon petit-fils ». A  ce moment là quand je lui ai répondu d’une voix assurée « mais ouiiii, bien-sûr », je le pensais… mais vraiment je le pensais!

Sauf qu’au début on se dit très vite que cela ne sert à rien de parler dans plusieurs langues à un bébé qui manifestement ne comprend pas encore grand-chose.  Puis, vient vite cette impression de s’isoler, couper du papa qui du coup ne peut pas participer à l’échange. C’est d’autant plus perturbant pour un premier enfant, quand on vit tout pour la première fois, quand on est complètement gaga et écervelée à la fois (je vous l’accorde) et qu’on a encore plus envie de partager.

Puis vient vite l’inquiétude « d’embrouiller le petit cerveau » en lui parlant dans deux langues différentes, l’éloignement de la famille bulgare..les articles google qui expliquent qu’un enfant « exposé » au bilinguisme peut avoir du retard dans la parole. Bon, déjà qu’il a marché tard, je ne voulais pas non plus que ce soit pareil pour la parole. Puis on repousse à plus tard, à quand il sera plus grand, à quand il comprendra mieux…

Le temps passe et un jour je lui ai parlé dans ma langue maternelle et il s’est mis à pleurer…et à ce moment j’ai réalisé .

Le bilinguisme, la double culture, c’est précieux!

J’ai réalisé que j’étais en train de le priver de quelque chose de précieux. Non seulement la possibilité de discuter avec ses grands-parents et de s’intégrer facilement dans sa famille bulgare, mais aussi quelque chose d’autre : connaître ses origines, les assumer à 100 pour cent et en être fier.
les bienfaits du bilinguismeLes bienfaits du bilinguisme sur l’enfant ne sont pas que physiologiques: un cerveau plus entrainé, plus souple, ouverts à l’apprentissage des langues. Ce n’est pas uniquement cela! Connaître et maitriser plusieurs langues, c’est aussi enrichir son vocabulaire, mieux comprendre les nuances des mots et développer la pensée abstraite et la créativité. Rien que ça!

Des études affirment même que mieux on connait sa famille et ses origines, plus confiant on se sent et plus facilement on aborde la vie de tous les jours. De plus, il semblerait qu’un parent s’exprime plus clairement, avec plus d’autorité et d’aisance lorsqu’il parle dans sa langue maternelle.

« Pour apprendre à communiquer de façon effective en dehors de sa maison, on doit d’abord apprendre à communiquer efficacement avec ses propres parents » dit-on.

Une fois cette communication installée l’enfant deviendra plus confient dans ses échanges avec le monde extérieur, même si c’est dans une autre langue.

En un mot: déraciner, même inconsciemment son enfant comme je le faisais, c’est le priver de ce sentiment d’appartenance et de cette confiance en soi qu’il devrait avoir.

Alors j’ai décidé d’agir…

J’ai décidé de me l’imposer, de de lui parler plus souvent dans ma langue maternelle! Dans les moments où nous sommes que tous les deux sans le papa, répondre à ses « pourquoi » incessants directement en bulgare. Lire l’histoire du soir dans ma langue maternelle pour susciter davantage sa curiosité.

Alors petit à petit cela commence à donner ses fruits, il est intrigué et happé par la prononciation de certains mots qu’il répète en boucle. Il est presque incroyable à 3 ans les capacités cérébrales qu’ont les enfants. Ce sont de véritables éponges du savoir!

Mais il y a des moments aussi où cela l’irrite, comme s’il ne « reconnaît » pas sa maman quand elle « parle comme ça ». Alors je n’insiste pas, je ne veux pas le braquer et nous reprenons doucement le lendemain.

Bon, d’accord je ne suis pas parfaite, je ne m’adresse pas à lui tout le temps dans la même langue comme conseillé dans les livres. J’ai une certaine pudeur de lui parler dans ma langue à des lieux publics où les regards curieux sont braqués sur nous… Mais je fais des efforts… Je ne suis pas une mère parfaite, juste une maman déterminée, déterminée à élever un adulte bien dans sa peau .

Y a-t-il des familles bilingues parmi vous, comment gérez-vous l’apprentissage à la maison?Des conseils?

10 COMMENTAIRES

  1. Bonjour,
    Je me permets de répondre, j ai une fille de 5 ans et demi, je suis d’origine française et son papa espagnol. Notre pédiatre, elle même d’origine libanaise, mariée à un français et maman de 4 enfants, nous a conseillé de lui parler les deux langues et ceux des les premiers jours. Donc son papa devait exclusivement lui parler en espagnol et moi en français. Et bien c etait assez marrant de voir en grandissant qu’ elle pigeait aussi bien son papa que moi! Il ne faut pas sous-estimer ces petites choses que sont les enfants lol. Je suis sûre que ton Gabchou sera parfaitement bilingue même si tu as commencé l’apprentissage plus tard, continue comme tu fais, toujours dans le plaisir et pas dans l’obligation. Bonne continuation 😊 🙂

  2. Bonjour,
    Je nous retrouve beaucoup dans votre article. Je suis française et mon mari est allemand. Il a aussi du mal à parler en allemand à notre petit garçon de 2 ans. Pour nous également il était important qu’il comprenne la langue de son papa (et de sa famille paternelle), mais comme vous, mon mari ne veut pas m’exclure de leurs conversations, ne parle qu’en français quand nous sommes en groupe et en plus il ne lui est pas « naturel » de lui parler en allemand depuis le temps qu’il est en France et au milieu de tous ces français. Il jongle donc entre les deux. Pour autant et même si les phrases de notre garçon se structurent d’abord en français, il comprend parfaitement les deux langues et n’a pas l’air du tout dérangé par le fait que son papa lui parle parfois en français, parfois en allemand. Je sais bien que tout le monde dit qu’il faut que ce soit exclusif (tel parent parle exclusivement telle langue), mais au fond je pense que l’important c’est que tout le monde soit à l’aise avec le sujet à la maison, qu’il n’y ait pas de forcing, et au final tout se passe très bien.
    Bonne continuation à vous et à votre famille !

  3. Chez nous nous avons commencé à lui parler dans 3 langues différentes depuis qu’elle était dans mon ventre.
    Je suis Française et le papa et Ezidi d’origine Géorgienne ( à côté de la Russie mais pas de l’Amérique lol !!!!).
    A presque 2 ans notre princesse utilise des mots des 3 langues et comprends quand sont papa lui parle en Russe ou Ezid ou quand maman lui parle en Russe ou Français.
    J’avais peur qu’elle se mélange où qu’elle ne comprenne pas mais elle nous étonnent tous les jours par sa capacité à comprendre avec lequel de nous 2 elle doit s’exprimer en Ezid ou en Russe, elle a très bien compris qu’elle peut « parler Ezid avec son papa et ses grand parents paternel alors qu’elle s’exprimera plutôt en Russe quand elle s’adresse à moi.
    Elle n’a aucun retard de langage et est même plutôt bien éveillé d’après le pédiatre, donc pour moi je trouve que d’apprendre plusieurs langue à un bébé est une bonne chose.

  4. Bonjour à tous
    Merci pour ton article et pour les différentes réactions lues… Cela me conforte!
    Je vis en Colombie et suis mariée à un colombien qui ne dit pas plus de 5 mots en français! Nous avons une fille de 3 mois à qui je parle en français quand nous sommes seule, mais il me paraît en effet normal quand je suis avec son papa ou même avec d’autres colombiens de parler en espagnol!
    Depuis que nous avons commencé à penser à avoir un enfant cela a toujours était une crainte que le français soit sa langue « faible ».
    Pour moi ça n’à pas d’importance qu’elle parle plus tard que d’autres enfants car je sais aussi qu’elle stimule plus son cerveau que les autres enfants!!!
    Rendez-vous dans quelques années pour voir les résultats!

  5. Bonjour Miglena, je tombe un peu tard sur cet article, mais merci d’avoir partagé tes difficultés par rapport au bilinguisme. Cela me permet de comprendre un peu plus pourquoi mon père ne m’a jamais parlé dans sa langue maternelle, alors qu’il y est par ailleurs très à l’aise pour parler avec ses parents. Idem pour mon mari, qui ne connait que le français alors que ses parents sont venus tard en France. Nous, de notre point de vue d’anciens enfants d’étrangers, nous nous sentons un peu coupés de nos origines et avec l’impression que nos parents n’ont pas voulu nous transmettre cette richesse. Un peu ce que tu évoques comme craintes. Et nous n’avons finalement jamais essayé de comprendre leur positionnement, pourquoi au final c’était peut être plus facile de nous parler Français, cette langue qu’ils avaient difficilement apprise, plutôt que portugais ou cantonnais. Maintenant avec un peu de recul, où en es-tu ? Parles-tu toujours un peu bulgare à la maison ? Est ce que c’est devenu naturel ? Je suis très intéressée d’avoir ton retour quelques mois après.

    • Bonsoir Olysiah,

      on avance lentement mais sûrement! Mon fils est maintenant plus grand et il a plus envie d’apprendre la langue. Surtout que cela l’énervé de ne pas comprendre papi et mamie qui eux parlent en bulgare. Je dois avouer que cela me simplifie la tâche. J’envisage aussi de le laisser pour des vacances avec ses grands-parents je pense que ça peut aussi l’aider! 😉

      • Hello,
        Frustration, envie d’apprendre et vacances, que de bonnes pistes !
        En souhaitant une belle réussite à ton petit dans cet apprentissage !

  6. Chez nous, les langues c’est toute une histoire ! Je suis française d’origine arabe, arrivée en France à l’âge de 5 ans, je ne connaissais pas un mot de français, et mon mari est roumain. Lui et moi on se parle en anglais, par habitude. Et, quand même, on ne parle que le français à notre fils ! J’essaie de comprendre pourquoi et je me retrouve bien dans ce que tu dis. Et, en même temps, il commence à parler et c’est tellement drôle d’entendre toutes les nouvelles choses qu’il arrive à dire qu’on continue à l’encourager dans la même langue… Quand j’essaie de lui parler en arabe, j’ai tendance à traduire tout ce que je dis en français. Mais au final, là où je suis le plus à l’aise c’est dans le jeu ou quand on regarde un livre ensemble parce que là, il a les images et je n’ai pas ce besoin de traduire. Je devrais peut-être simplement faire confiance à ses capacités d’apprentissage et lui parler spontanément. Les enfants sont incroyables pour ça ! Je me rappelle être au milieu de la classe à 5 ans et ne rien comprendre à ce qu’on dit autour de moi et c’est comme ça que j’ai appris le français.

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